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La jeunesse d’aujourd’hui est souvent prisonnière d’un discours qui la prive de sens, et qui risque de la faire tomber dans le piège de la séparation : chacun chez soi, fermez les yeux, consommez, circulez. Pas de questions ! C’est trop complexe pour vous…

Notre ambition est de trouver la sortie du labyrinthe, en taillant ensemble, dans la joie, les hautes haies qui masquent le chemin. Nous proposons de travailler collectivement à l’exhumation du savoir des siècles passés susceptible de nous guider dans notre présent, et de nous aider à bâtir un futur enthousiasmant.

Ce qu’il nous faut c’est récapituler tout ce qui a servi à comprendre le monde et à l’interpréter ; mais ce n’est que la moitié du chemin. Le monde, les mots, les rapports de force changent. Les moyens d’interprétations le doivent aussi, et personne ne le fera à notre place. Il faut inventer des nouveaux édifices de pensées, des nouveaux modes d’être au monde. Faire feu de tout bois – brûler d’ardeur.

Penseur, écrivain, artiste, chercheur, amateur: nouons les fils de nos curiosités pour poursuivre l’œuvre de la seule communauté dont le principe soit immuable; celle des esprits libres. Le trésor du savoir est le seul bien qui sans cesse s’enrichisse en se partageant. Ainsi serons-nous capables de parler, avec le sérieux nécessaire à tout ce qui regarde la pensée, de tout, à tous.

MANIFESTE


CONTREPOINT

Le manifeste

 Des funambules :

« Bruler d’ardeur »

Il est de tradition qu’une association annonce à ceux qui n’en sont pas membres la raison pour laquelle elle s’est constituée. Mais qu’en est-il lorsque la dite création n’a rien de raisonnable ? Non pas qu’elle soit déraisonnable ou irraisonnable ; au contraire les membres de notre assemblée usent très souvent de leur raison, de leur rationalité dans l’investigation scrupuleuse qu’ils font quotidiennement des grands textes à leur disposition. Mais, plutôt, dirons-nous que le lien qui nous unit est au-delà du rationnel (au-delà du réel sans doute…). Ce lien trouve sa source dans une qualité qui nous est à chacun propre mais que, sous différentes teneurs et intensités ponctuelles, nous partageons. Cette qualité, qui ne doit pas être nommée, est à l’origine du mouvement qui nous incline à nous poser perpétuellement des questions sans jamais nous satisfaire des réponses. Une réponse est une question qui a mal tournée dirions-nous. Ce questionnement perpétuel on le dit l’attribut de la jeunesse, en d’autres lieux, en d’autres époques il fut celui de la sagesse. A nos yeux il n’est ni l’un ni l’autre. Ni jeunesse, ni sagesse. Nous n’avons que nos questions, et les assignations dans lesquelles certains seraient tentés de circonscrire notre attribut particulier nous les questionnons aussi. Nous questionnons les assignations et les assignataires, nous questionnons les lieux depuis lesquels ils nous assignent et les dynamiques insoupçonnées qui concourent à leurs assignations bienheureuses. A ce titre nous sommes insaisissables. Mais si insaisissables nous sommes, comment pourrions-nous être fixés ? Mais si insaisissables nous sommes comment pourrions-nous être situés ? Dit autrement, comment pourrions-nous édifier une association en étant mouvement de questionnement perpétuel ? Pis encore, comment pourrions-nous dévoiler au monde l’être d’une association, dont les membres ne sont pas sûrs d’être eux-mêmes, ne sont sûr de rien si ce n’est de leur questionnement perpétuel ? C’est ici, au cœur de ce paradoxe que se trouve le sens de ce manifeste. Ce manifeste est une injonction à penser la contradiction positivement. Il est nécessaire pour qui souhaite nous comprendre, pour qui souhaite nous rejoindre, d’ouvrir son être à cette oscillation permanente entre fixité et dissolution dont le mouvement est guidé par la question. Le questionnement est un passage constant de l’humilité, plutôt le questionnement est le passage de la joie dans l’humilité. L’humilité est la frontière qui entoure le lieu dans lequel nous, angoissés de la lucidité à laquelle mène le questionnement, avons su nous établir avec sérénité. Prévenus par l’observation des générations passées, nous avons su nous ménager un lieu unique où la viabilité dans l’angoisse n’a pas eu à sacrifier l’humilité, et où finalement l’angoisse s’est transmuée en joie. C’est une prouesse.

Parce qu’à dire vrai la condition de questionneur n’est pas nouvelle. L’histoire n’est que la somme du mouvement de la question auquel vient irrémédiablement répondre une certitude définitive (comme toutes les précédentes). Irrémédiablement ? Peut-être pas, peut- être que notre condition particulière, la condition de notre génération, a été de naître dans un monde où la défaite de la certitude s’est accompagnée d’un abandon de la question. Ce renoncement à la certitude est admirable et nous le soulignons – nous sommes pris d’un profond malaise lorsque, ponctuellement, la certitude (le nom sous lequel avance, dans la pratique, la vérité) refait son apparition – pour autant la défaite de la certitude ne condamne pas la pertinence de la question. C’est dans ce lieu étroit, à la fois épistémologique et métaphysique, que nous souhaitons nous établir. Dans ce lieu où l’abandon de la certitude réactualise, complexifie, ré-enchante la question. Parce que la défaite de la certitude ne signifie absolument pas que rien n’est. Les choses sont avant que d’être vraies, et il y a toujours lieu de comprendre leur origine, leur agencement, et de travailler à la réalisation de leur logique, de leur harmonie. Embrasser cette attitude c’est se garantir une joie toute particulière. La joie enivrante que confère à la fois le regard depuis ce lieu, et la découverte des trésors qui s’y cachent. L’enthousiasme (ou plutôt que le Dieu en soi, la question de Dieu en soi) que confère les questions auxquelles ne viendront jamais s’opposer la petitesse des réponses est une émotion tragique enivrante.

Maintenant que le but est dévoilé, on peut plus sûrement saisir la motivation de la création d’une telle association : la chasse aux trésors est un jeu collectif. Il faut qu’un autre soit là pour appuyer vos recherches, soutenir vos efforts, prendre le relai, compenser vos manquements, évaluer votre gain, partager le triomphe. Le questionnement est plus efficace, en même temps que plus joyeux lorsqu’il est mené à plusieurs. Et peut-être accède-t-on à un au-delà de la question lorsqu’on la pose collectivement. Peut-être que la collectivisation de la question en fait à la fois la question, la réponse, et l’absence des deux. Peut-être.

En conséquence de tout ce qui précède ce manifeste n’a de définitif que le perpétuel mouvement qui viendra dans un jour, un mois, un an ré-agencer, modifier, bouleverser la totalité de ce qu’il propose aujourd’hui. Les échanges mutuels que nous allons conduire et le savoir ponctuel qui en résultera sont la seule Foi autour de laquelle nous nous réunissons. Fort heureusement elle paraît, a contrario des précédentes, inébranlable.

Contrepoint
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Crédit image : Old books teaching By Tom Woodward from Richmond, VA, US – IMG_9792, CC BY-SA 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=5506969

Le contrepoint

Le Contrepoint rigoureux

« Une force revient aux oreilles des hommes du XXème siècle, une forme musicale étroitement liée aux compositeurs baroques, le contrepoint. Cette technique consiste à superposer des lignes mélodiques distinctes. C’est une musique horizontale et verticale à la fois : chaque ligne musicale doit être belle individuellement, mais aussi, à chaque instant, s’harmoniser parfaitement avec les autres lignes. Toute la musique de Bach est fondée sur ce principe. Pour l’entendre, un exemple simple et sublime, le contrepoint I de l’Art de la fugue ̧ par Glenn Gould. »

Ce court passage est extrait du document Glenn Gould qui inaugure la rubrique Musique

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Crédit image : Traité de la fugue et du contrepoint By Marpurg, Friedrich Wilhelm, 1718-1795 – https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=43505122